Comment se sortir des pièges d'une belle-mère et autres absurdités

Durant le confinement on a eu peur pour beaucoup de couples. Moi-même j’ai lancé un side-project à ce sujet (oh mycouple !!!). Mais nous avons été aveugles. C’est lors du déconfinement, au dégel, que les vrais dangers émergeaient. En témoigne ce coup de téléphone : “j’ai retrouvé ma belle-mère, elle me fait tourner en bourrique, comment faire pour m’en sortir ???”.

Mon premier conseil : la déstabiliser. Sans violence, sans agressivité, sans bienveillance ni empathie. Juste la déstabiliser. Pour cela : créer une distance inattendue avec ce qui aurait pu se produire “normalement”.

Le rire, agent du décalage

Il se trouve qu’à la fin des années 80 et aux débuts des années 90 j’ai pu écrire un mémoire sur le rire, le non-sens et l’absurde chez les comiques cinématographiques, dans le burlesque (que vous trouverez dans la page à propos).

Chacune des théories du rire s’appuie sur une idée de décalage :

Partout un écart, un décalage, une énergie qui ne sait plus où aller, et qui doit s’utiliser à autre chose, d’où la déstabilisation.

De l’utilisation de l’absurde et du non-sens

A day at the race, the Marx Brothers

Pour créer ce décalage, l’absurde est un moyen efficace. On va appeler absurde1 toute chose qui entre en conflit avec le sens, c’est-à-dire où le sens est tronqué, berné, manquant, voire absent. On parlera d’absurde idiot : défaut de raisonnement, ou sauvage : en conflit avec le raisonnement. Le non-sens est une forme dérivée de l’absurde : on parle soit du non-sens qui possède un sens propre mais qui n’a pas de sens dans le contexte, on dira non-sens hors contexte, soit du non-sens qui fait semblant d’avoir du sens, mais qui n’a véritablement pas de sens (on ne parlera pas du non-sens qui n’a pas de sens et qui ne cherche pas à faire croire qu’il en a un).

Quelques exemples en provenance des comiques cinématographiques, puis nous nous attaquerons à notre belle-mère, et enfin à l’organisation.

Comment utiliser cela avec les pièges de votre belle-mère

Imaginons que vous mettiez les chaussures de votre enfant. Les enfants grandissent, les pieds sont serrés. Vous parlez de la taille de leurs chaussures. La belle-mère acariâtre vous reprend : “on parle de pointure quand il s’agit de taille de chaussures, très cher”. Quelques réponses que je vous propose :

Naturellement tout est dans la tonalité employée, l’expression corporelle. Il est très important de vouloir en rire, de ne rien prendre au sérieux. La belle-mère ne sera pas dupe que vous êtes en train de jouer, pour ne pas rediriger cette énergie en décalage (dont nous allons reparler) vers de l’agressivité il faut proposer un terrain de jeu ludique. Donc à faire avec gaieté.

Les bienfaits du décalage

“Sans déviation de la norme, le progrès n’est pas possible” disait Frank Zappa (expert absurde). Ce décalage, pour les comiques cinématographiques il sert à déclencher le rire. Pour nous ? Il détourne le propos (de la belle-mère) et propose une énergie qui ne sait pas se satisfaire. J’ai noté dans les échanges personnels que j’évoque qu’elle se traduisait par un moteur pour la réflexion. Cette énergie sert à s’interroger. La surprise pour à s’interroger sur qu’est-ce qui est en train de se passer ? Qu’est-ce qui se joue ? Elle place les acteurs en position méta : qu’est-ce que je veux ? Qu’est-ce que je fais ? Pourquoi je le fais ? Personne n’est dupe dans le jeu avec cette belle-mère, cela lève le voile, l’illusion disparaît. Nous pouvons jouer, mais personne ne peut dire qu’il ne le sait pas, on ne peut plus faire semblant. Des questions plus vraies, plus réelles, sont posées.

L’absurde et le non-sens, agents du changement dans le système

Naturellement ce jeu de l’absurde, du non-sens, du rire, je vous suggère de le jouer en organisation (pas en bande organisée, mais dans les entreprises, dans vos milieux professionnels). Et cela pour les mêmes raisons. Cette énergie nouvelle qui apparaît dans le système et qui n’est pas présente habituellement, que devient-elle ? Pareil, elle révèle les jeux de dupes ou les situations. Elle ramène aux vraies questions. Elle fait disparaître les illusions et les faux-semblants.

Quelques exemples :

Encore une fois : tout est dans la tonalité employée, l’expression corporelle. Il est très important de vouloir en rire, de ne rien prendre au sérieux. Personne ne sera pas dupe que vous êtes en train de jouer, pour ne pas rediriger cette énergie en décalage vers de l’agressivité il faut proposer un terrain de jeu ludique. Donc à faire avec gaieté. En tous cas à manipuler avec beaucoup de précautions. Le plus important : vous faîtes cela en voulant le bien de l’organisation, et non pas la moquer véritablement.

Pour répondre du tac au tac il faut de l’entrainement, pour avoir la bonne attitude il faut de l’entrainement, pour avoir de l’entrainement il faut essayer régulièrement.

Merci aux Marx Brothers, à WC Fields, aux Monty Python, à Chaplin, Keaton, et tous les autres.


  1. première partie DEA page 11 ↩︎

  2. Agile CFO : noestimates, beyond budgeting ↩︎


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