pablo pernot

Fabriquer son job

Question lancinante parmi les personnes qui m’entourent, notamment les plus jeunes : comment fait-on pour trouver le job, le projet, la mission, le produit, l’environnement, etc., idéal. Celui que l’on va kiffer, aimer, dont on sera fier, pour lequel on se lèvera le matin ?

Comment le trouver ? Le dénicher ?

En fait la réponse est probablement comment le fabriquer ! Comment le concevoir !

Quand je croise les benexters (les personnes de beNext), cette question est récurrente. Je les interroge, quel serait le job idéal à leurs yeux ? Et qu’est-ce qui aujourd’hui les empêche de l’obtenir ? Si ils n’avaient aucune contrainte, qu’est ce qu’ils changeraient aujourd’hui ? Je parle principalement à des product owners, des scrummasters, des graines de coach, des coachs, des développeurs, des rh, des bizdev. Je ne sais pas si mon point de vue peut aider dans d’autres environnements, mais je sais que dans le leur cela doit être le cas, je me suis appliqué ces principes depuis longtemps, et j’entends dire que j’ai “fabriqué mon job”.

Ne pas avoir d’a priori

J’ai cessé de demander aux gens dans quel contexte ils aimeraient travailler. J’ai compris que tout cela était une illusion. Quand certains me disent je ne veux pas travailler pour une banque, mais dans les médias ou la culture, je ne veux pas travailler pour une grosse structure, mais pour une startup, je leur explique que j’ai appris au fil du temps que l’on ne pouvait pas savoir ce que nous réservait un environnement avant d’y passer du temps. Que les apparences peuvent se révéler trompeuses. Que le département d’une compagnie n’est pas forcément à l’image du département voisin. Que la startup ou l’organisation média/culture n’ont peut-être pas des organisations à l’image de leur métier, et vice versa. Donc, pas d’a priori sauf naturellement si le sujet d’une entreprise est contraire à vos convictions et vous ne souhaitez pas y participer, ce que je peux aisément comprendre.

Est-ce que tu as essayé ? Et qu’est-ce que cela a donné ?

Faire et ne pas faire la leçon

Avant d’avoir de grandes théories sur votre poste idéal, et ce que devrait être l’organisation et ses dynamiques, essayez de mener à bien des actions qui procurent des résultats concrets. Essayez d’entreprendre des choses jusqu’au bout, pour apprendre, pour mieux comprendre. Trop souvent on réclame autre chose sans même avoir essayé de participer à quelque chose jusqu’au bout. Pour avoir un vrai regard sur les choses. Pour mesurer un véritable impact, et apprendre de ce cheminement.

Est-ce que tu as mené quelque chose jusqu’au bout (même si le bout c’est l’échec) ? Et qu’est-ce que tu as appris ?

Se sentir autorisé

Le plus important pour fabriquer son propre job c’est probablement de s’y sentir autorisé. Et pour s’y sentir autorisé, le mieux est de ne pas avoir à demander l’autorisation. Que l’autorisation soit acquise. Et pour que l’autorisation soit acquise le plus simple c’est de faire quelque chose qui ne nécessite pas d’autorisation. Pour cela le mieux est d’expérimenter. C’est-à-dire d’avancer à partir d’essais courts sur lesquels on reviendra si ils ne sont pas concluants. Et si ils sont concluants, et bien vous avez commencé à bâtir votre job tel que vous pensiez qu’il devait être fait. Et une autre expérimentation suivra celle qui a fonctionné et qui deviendra un acquis, et puis une autre, puis une autre. Vous aurez constitué beaucoup plus vite que vous le ne pensez un ensemble qui fera sens. On ne construit pas son job du jour au lendemain, on le bâtit au fil de l’eau.

Clarifier et sécuriser les autres pour se libérer

Les contraintes proviennent souvent des gens avec qui vous travaillez. Il y a deux postures qui me paraissent importantes pour ne pas être englué dans les sables mouvants d’une relation qui freinerait votre apprentissage.

La première consiste à clarifier les choses. On vous demande quelque chose qui à vos yeux n’a pas de sens, n’amène pas de valeur, est impossible à réaliser dans le délai imparti. La personne qui demande cela est généralement votre chef. Il est contre-productif, inutile, désagréable, de tricher, d’éviter, ou de saboter. Cela ne vous avancera pas à grand-chose si ce n’est de rendre les choses obscures et plus dures. Par contre je vous suggère de clarifier votre position à ce sujet : d’énoncer clairement que vous pensez que a) cela n’amène pas de valeur, ou b) que c’est inutile, ou encore c) que c’est impossible à réaliser dans le délai donné. Mais en ajoutant : vous êtes mon chef, donc je vais essayer de faire de mon mieux et suivre cette demande. Soit vous vous trompez et vous aurez beaucoup appris. Soit vous ne vous trompez pas et la personne qui vous avait demandé la tâche saura le reconnaître et la relation que vous bâtirez au travail sera probablement riche. Un vrai dialogue semblant être instauré, c’est aussi le meilleur chemin pour fabriquer son job. Mais si la personne ne le reconnaît pas vous resterez néanmoins beaucoup plus audible la prochaine fois que la situation se produira. Personne ne sera dupe, personne ne pourra être faussement dupe, en fait personne n’est jamais dupe, mais là cela deviendra flagrant. Cependant tout le monde à le droit de se tromper. Ce que je veux exprimer ici c’est que la première des choses pour construire une dynamique avec les personnes qui vous entoure c’est de clarifier la situation pour mieux y répondre. En n’étant pas claires, les situations s’enlisent. Avec de la clarté (pas de bravade, pas de provocation) vous saurez si vous souhaitez partir, quand et pourquoi, et si vous souhaitez continuer, et pourquoi.

La seconde consiste à sécuriser les personnes qui vous entourent. Pour acheter votre liberté, laissez-leur leur tranquillité. Généralement il s’agit de lui éviter d’être responsable. De quoi cette personne a-t-elle peur ? De quoi cette personne a-t-elle besoin pour ne pas se sentir en danger ? Si vous savez répondre à ces questions, vous allez probablement gagner de l’espace pour vous.


fabriquer experimenter