Des bidonvilles

Lors de ma dernière conférence (les organisations vivantes) j’ai essayé d’expliquer pourquoi il ne me semblait pas adéquat d’appréhender votre organisation et son expansion avec un organigramme mais un schéma de pensée. Pour cela j’avais essayé de trouver des références dans ce qui nous entoure, la nature, deux extrêmes : le cristal pour ce qu’il est d’organisé au sens cartésien, fractal, du terme, et à l’autre bout la termitière, plus grande construction naturelle (hors de celles des hommes) qui démarre par le hasard, et se bâti sur l’émergence (Je reviendrai sur toutes ces réflexions dans un mini livre qui fera je l’espère la suite de “la horde agile”).

voir cet article concernant le cristal.

Pour expliquer ces différentes topologies et formes, ainsi qu’un certains schéma de pensée, je me suis appuyé sur la théorie des catastrophes : voir ce précédent article sur la théorie des catastrophes. Cette théorie s’appuie sur des dynamiques et des images très intuitives : la déchirure, le pli, coudre, engendrer, etc.

Imaginez une ville à l’image de votre organisation : un quartier grandit soudainement il se scinde, telle dynamique provoque qu’un quartier se bouche, ou se vide, qu’un nouveau quartier est engendré, etc… je reprends ainsi toute cette terminologie de la théorie des catastrophes.

Mais si on la poussait sans raison ou sans sens en quelque sorte et en reprenant l’image de la ville, on pourrait très bien aboutir aux bidonvilles qui semblent respecter ces dynamiques parfaitement.

Bidonvilles

Personne ne souhaite vivre dans un bidonville : l’insalubrité, l’insécurité, etc. sont aux antipodes de nos aspirations. Cependant certains aspects des bidonvilles peuvent nous intéresser : une façon de s’adapter au mieux à l’espace, une exploitation maximum de la matière première offerte, (et peut-être des effets de communication très intéressants à observer).

Autre source d’intérêt concernant les bidonvilles : leur capacité à être très grands. Pas mal de réponses amenées à ceux qui s’intéressent aux organisations à grande échelle.

On retrouve peut-être là au niveau de l’organisation (topologie, forme, architecture) ce qui a fait le succès du Lean et de l’agile : une nécessité d’optimiser la valeur. Mais encore, nul ne souhaite vivre dans un bidonville. Au contraire. Je ne vous propose qu’une réflexion en cours mais ce que j’évoquais comme piste lors de cette conférence c’est peut-être la recherche du meilleur des deux mondes en quelque sorte : l’optimisation organique et spatiale des bidonvilles sans l’insalubrité et l’insécurité, avec du sens et de la création de richesse.

Les leçons des favelas brésiliennes

Slum upgrading lessons from Brazil

En fouillant autour des bidonvilles je suis tombé sur un rapport consolidé au sujet des apprentissages liés à l’amélioration des bidonvilles brésiliens : les leçons retenues des bidonvilles qui ont réussi à aller mieux. En lisant ce rapport : Slum upgrading lessons from Brazil je suis un peu tombé de ma chaise tellement j’avais l’impression que les dîtes leçons semblaient provenir tout droit d’un manuel d’organisation Lean/Agile. Mais écoutez plutôt :

Comment faire qu’un bidonville aille mieux ?

Pour s’en sortir il faut :

Comment faire pour maintenir un meilleur état ?

Maintenir cette organisation en bon état c’est :

Donner du sens, la communication est clef

En fait on observe plus globalement que la communication et la dynamique de groupe sont clefs pour donner du sens et avoir une dynamique positive. La communication c’était aussi le point le plus important dans ma conférence sur concernant l’élément qui constitue nos organisations : nous.

Grandir ce n’est pas se massifier, ni se répéter

Pour finir et pour revenir à ce fameux débat sur des organisations à grandes échelles. Je n’ai rien contre des organisations qui veulent grandir, l’important à mes yeux, si je me réfère encore à une analogie avec la nature, c’est d’éviter l’inertie, l’immobilisme, tout change, tout le temps. Mais si donc vous voulez grandir une dernière leçon des bidonvilles brésiliens, le rapport nous dit que grandir convenablement c’est :

On touche là deux points centraux de l’agilité :

Ne croyez plus à linéarité, ni à la répétabilité. Le monde change trop vite et la linéarité ou la répétabilité sont un leurre (même si des fois je m’interroge si le changement permanent n’est pas une manière confortable de ne pas affronter les vrais problèmes ?). Petite parenthèse si aujourd’hui les gens utilisent de plus en plus le mot Lean c’est parce que cela fait bien, c’est sérieux, c’est l’industrie derrière qui se profile au travers de Toyota, la répétabilité. Ils se trompent lourdement dans ce cas : l’époque n’est plus à ça mais à l’adaptation constante prônée par l’agilité qui est simplement le Lean moderne.

Concernant la réductions des coûts je ne citerai que cette phrase (dont je pense qu’elle est de Peter Drucker, mais je ne suis pas sûr) : si vous suivez les coûts, vous générez des coûts, si vous suivez la valeur, vous générez de la valeur.