pablo pernot

Petit rappel historique : Ford & Toyota

Au début du XXème siècle, quand John Ford annonce “les gens peuvent choisir n’importe quelle couleur pour la Ford T, du moment que c’est noir”, il a raison, personne ne songe encore à tous les progrès et les variations qui suivront. Ford est en train de révolutionner le marché industriel de la voiture, qui devient à partir de ce moment le meilleur ami de l’homme. D’autres traits caractérisent cette époque et cette façon d’aborder le travail : la main-d’œuvre est très bon marché, en surnombre, pas formée, on va donc baser notre force sur le quantitatif et non le qualitatif ; c’est l’heure de gloire du taylorisme.

Taylor

Chez Ford on observe aussi que la dernière étape avant la sortie de la fameuse Ford T, c’est l’assurance qualité, le test, la recette en quelque sorte. Et on tri : cette voiture sort, celle-ci non. Rien de bien choquant pour l’époque, la matière première ne manque pas.

Et quand une voiture sort il faut savoir qu’elle s’accompagne d’un guide concernant les 150 anomalies les plus probables ou fréquentes. Là aussi, rien de choquant, en ce début de siècle il suffit de se plonger dans ce manuel, de s’armer d’un bon marteau, et le tour est joué. La réparation de la voiture n’est pas un casse-tête chinois, et demeure accessible au commun des mortels.

50, 60 ans après, chez Toyota les choses ont bien changées. C’est un pays détruit par la guerre que l’on découvre. La matière première est devenue un élément critique. On ne peut pas gaspiller ou stocker exagérément. Les machines outils sont aussi une denrée rare, il va falloir les exploiter au maximum de leurs possibilités. En un certains sens, tout comme les hommes, qui, à la demande du gouvernement pour redresser le pays, sont embauchés à vie par Toyota. La firme japonaise est donc aux antipodes de la situation de Ford. Enfin la technologie a aussi changée, et elle continue de changer. Un marteau ne suffit plus pour réparer sa voiture. Autres époques, autres mœurs.

La réponse de Toyota est révolutionnaire elle aussi : pour tirer le meilleur de ses employées, qui vont l’accompagner toutes leurs vies, la firme comprend que le meilleur moyen est de les respecter et les responsabiliser au maximum. C’est d’ailleurs en les responsabilisant qu’elle tire le meilleur parti de ses machines-outils. L’homme de terrain démontrant une capacité indéniable à adapter ces machines et à avoir des idées pour les exploiter au mieux. La réflexion pour l’amélioration continue devient une pratique courante chez eux. Pour palier au problème du stock, Toyota découvre que le meilleur coût proviendra de deux choses : a) la qualité intrinsèque : dès qu’une anomalie est détectée on stoppe la chaîne, l’impact et la correction de cette anomalie seront moindres, et le stock touché minime ; b) une gestion par flux tendu régulée par une participation active des employés, c’est eux qui tirent le flux (ils vont chercher et déclencher leurs actions qui s’adaptent ainsi parfaitement à leurs rythmes et à leur compétences), et ce n’est pas un flux poussé (là les employés subissent le rythme).

Entre Ford et Toyota, autres époques, autres mœurs. Observez vos organisations, de qui s’inspirent-elles ?

Pour en savoir plus je vous recommande la lecture de : The machine that changed the world de Womack, Jones et Roos.

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