pablo pernot

Auto-organisation et storytelling

Encore une belle lecture : entre le cristal et la fumée de Henri Atlan, ce livre est bourré d’informations sur l’auto-organisation des systèmes vivants, sur la mémoire, sur la transmission de l’information, sur les systèmes ouverts et fermés, sur la complexité, etc. Datant de la fin des années 70, il cite énormément le paradigme perdu : la nature humaine de Edgar Morin, et les ouvrages de Marc Halévy ou Dominique Dupagne y ont puisé directement ou indirectement beaucoup de matières.

Entre le cristal et la fumée, Henri Atlan

Alors que je reviens d’un week-end à Tunis où j’ai pu avoir le plaisir de donner une conférence (pour l’Agile Tour Tunisia 2013 sur l’OAA (Open Agile Adoption) -dont vous trouverez les slides là-. Parmi les idées fortes de l’OAA, le storytelling et l’auto-organisation tiennent une place prépondérante à mes yeux. Les propositions de Henri Atlan me permettent de renforcer ou d’expliciter certaines de mes réflexions.

Du storytelling on ressent bien qu’il s’agit d’une forme très adaptée à notre façon de fonctionner, et comme le disait [Oana Juncu dans son blog]() (ou lors des sessions the storytelling battle que nous avons pu donner ensemble, au fait Oana as-tu libéré le support ?): notre cerveau est cablé histoire, la culture s’appuie sur des histoires, le changement s’appuie sur des histoires pour se consolider.

De l’auto-organisation, je reprendrais les mots de Harrison Owen dans son récent TEDx sur l’Openspace (le forum ouvert), [Dancing with Shiva]() : les systèmes humains comme tous les systèmes vivants, sont auto-organisés, et plus loin il assène : organiser un système auto-organisé, ce n’est pas seulement un oxymore, c’est surtout stupide !

Tout imbibé de ces réflexions c’est en lisant donc ce livre de Henri Atlan qu’une clef m’est donnée (notamment dans le chapitre conscience et volonté dans des systèmes ouverts auto-organisateurs). J’essaye de la formuler avec mes mots.

Motifs mémoriels, storytelling

L’apprentissage c’est l’intégration de motifs. Plus on apprend plus on intègre de motifs pour différencier les situations. Le bruit et le désordre existent,et donc de nombreux motifs se ressemblent mais sont différents. On créé alors de plus en plus de motifs pour répondre à notre apprentissage grandissant. Ainsi le désordre génère de l’ordre (de plus en plus de motifs) mais dans un ensemble de plus en plus complexe. C’est ce qui constitue en fait ce que nous sommes, nos histoires, d’où le storytelling, c’est notre passé, nos motifs mémoriels. C’est notre conscience volontaire nous dit aussi Henri Atlan, mais elle concerne ainsi d’abord le passé.

Auto-organisation

L’auto-organisation est un phénomène naturel de tous les systèmes vivants, auxquels nous n’échappons pas. Ce que précise Henri Atlan c’est que l’auto-organisation est introduite par le désordre, auquel il faut répondre, comme vu au dessus pour générer des motifs (de l’ordre). L’auto-organisation c’est cette phase d’apprentissage non dirigé (par un professeur par exemple) qui à pour but de générer des motifs. Cette auto-organisation dévoile selon Henri Atlan notre volonté inconsciente (et ainsi le futur, vers quoi nous tendons), puisque nous essayons de créer de l’organisé en partant du chaos selon nos désirs.

Enseignements

Plusieurs enseignements à mes yeux :

  • c’est bien le désordre qui génère de la valeur car il est la matière pour de nouveaux motifs, pour un nouvel apprentissage.
  • L’auto-organisation c’est cette faculté des systèmes vivants à transformer ce bruit, ce désordre en motifs, en histoire, le chaos en ordre. Mais en faisant cela, l’apprentissage augmente, ainsi que la complexité : l’entrelacement des motifs mémorisés.
  • L’histoire peut-être considérée comme un idéal motif mémorisé.
  • L’auto-organisation et le storytelling sont donc intrinsèquement liés. Il y a une forte relation de feedback de l’un avec l’autre.

Maladie organisationnelle

Henri Atlan explique ensuite certains troubles psychologiques, le délire évoqué par Edgar Morin dans son paradigme perdu, par des systèmes figés, ou l’apprentissage n’a plus lieu : c’est donc le même motif, immuable, que l’on retourne constamment (et qui prend la forme de délire chez l’homme). Le lien avec une maladie organisationnelle me parait évident : pensez à Kafka, on est figé dans des motifs où l’apprentissage n’a plus lieu, que l’on répète constamment. Pensez aux organisations dont les processus sont figés, qui n’apprennent plus de nouveaux motifs liés aux variations que l’organisation rencontre (nécessairement). Une organisation sans auto-organisation est une organisation malade, délirante.

Les temps complexes

On retrouve bien là aussi -pour ceux qui connaissent- la [spirale dynamique](), plus nos organisations apprennent, plus nos civilisations apprennent, plus les motifs sont créés, plus le monde devient complexe, plus l’organisation, plus la civilisation à des motifs complexes, plus les réponses doivent se baser sur l’implication, la coopération, la responsabilisation. Ce que j’appelle les temps complexes.

Les temps complexes

Pour résumer, auto-organisation et storytelling sont donc indispensables, tension vers le futur, appui sur le passé.


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