pablo pernot

Les non-dits

Dans le meilleur des mondes il n’y aurait aucun non-dit. Qu’il s’agisse de la vie en générale, ou des projets informatiques (c’est le sujet ici !). Aucun non-dit est un idéal, mais cela n’arrive jamais (comme tous les idéaux). Il y a toujours quelque chose que l’on évite sciemment de dire à son client, son partenaire, son prestataire, etc. Généralement on cache une incapacité, une ignorance, une simple incertitude, etc. J’essaye, et je pense que cela est fructueux, d’éviter au maximum les non-dits. C’est toujours, toujours, toujours, un risque que vous faites courir inutilement à votre projet. Cela ne fait que complexifier la réalisation de celui-ci. Cela introduit un flou dans l’expression ou la résolution des besoins. Cela empêche de bien organiser le projet, etc. A partir du moment ou vous jetez une zone d’ombre sur le projet ne soyez pas surpris d’en subir les conséquences.

Speak No Evil

Sachant qu’au final souvent personne n’est dupe et que le non-dit a un prix : Amplification du stress ? Sur une partie que vous ne dominez pas vraiment mais sur laquelle vous vous êtes vendu ? Amplification du dommage, si vous laissez trainer un aspect technique ou fonctionnel que vous savez pertinemment défaillant ? Amplification de la charge ? l’un des membres de l’équipe n’est pas à la hauteur ? Il faut lui dire. Il devra faire l’effort de se mettre au niveau ou devra quitter le projet, mais dans ce deuxième cas, il aura été informé, et la blessure sera moins forte et plus compréhensible, etc, etc.

N’est-il pas évident qu’un jeune sans expérience répond oui à tout (oh ces CVs que je vois passer ! Messieurs les professeurs d’IUT, d’école informatique, ayez la décence d’expliquer à vos étudiants de ne pas mettre le glossaire de technipedia dans leur CV, ni -au passage- de se proposer Chef de projet des leur première année professionnelle), alors q’un vieux singe expérimenté dira plutôt non,  gage de confiance… (trouvez moi une maxime de Samuraï qui exprime cela en 4 mots).

Ne laissez pas trainer des anomalies, ne laissez pas trainer du code sale, ne laissez pas trainer des incompréhensions, des quiproquos, ils vous reviendront à la figure. Je sais que ce n’est pas simple, je suis le premier à me défausser parfois devant la tâche, mais vous aurez la surprise de voir se renforcer la relation que vous entretenez avec votre interlocuteur, de voir s’éclaircir la gestion du projet, de rendre les choses plus SIMPLES.

On peut rapprocher cela du courage des méthodes agiles. Rappelez vous que Lean demande de ne pas laissez trainer une anomalie. etc.

Le non-dit n’est pas nécessairement de votre fait. Essayez de persuader vos clients de ne pas en abuser, de comprendre où ils se cachent. Devinez les vrais enjeux qui se cachent derrière certaines demandes, derrière certains blocages, etc.

Jokerpour les parties commerciales d’avant-ventes : pour ma pomme ces choses sont beaucoup plus simples depuis que je suis consultant (avec mes 2 associés chez SmartView), nous faisons du conseil : la vérité, la franchise sont donc essentielles et naturelles, et surtout je m’engage en mon nom, sur mon travail. Je ne m’engage pas sur une hypothétique équipe qui va réaliser le projet. Mais je ne peux pas jeter la pierre aux commerciaux des sociétés types SSII. Si la partie contractuelle n’est pas toujours juste, ni fair-play  : on va choisir le moins cher sans tenir compte de la qualité, il peut être compréhensible que la réponse ne soient pas toujours vraie. On comprend bien que de trop nombreux projets sont viciés dès la phase de vente. D’où à mon avis le succès des méthodes agiles aujourd’hui.

Je ne vous demande pas non plus de clamer partout et à haute voix tout ce qui se déroule sur le projet. Je fais appel à votre intelligence pour bien comprendre où se situe la frontière.

Les non-dits dans les projets informatiques, c’est comme les secrets de familles, à la fin ça brise les gens, les dynamiques, les équipes, les projets.


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